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MARC PATIN
1919 - 1944
LE POETE DE LA FEMME MAGIQUE.
par Christophe Dauphin
De la mort à la résurgence.
Epuisé, Marc Patin tombe malade vers la fin février. Hospitalisé tardivement, il décède à Berlin, le 13 mars 1944, foudroyé par une embolie pulmonaire. Il est inhumé dans le cimetière de Berlin -Hohenschonhausen. Un mois plus tard, lors d’un bombardement, une bombe explose sur sa tombe, ainsi que sur celles proches de quatre autres Français. Les restes des cinq malheureux sont regroupés. En 1951, ils seront transférés au cimetière national de Montauville (Meurthe et Moselle). En 1945, l’Imprimerie nationale édite Quelques Poèmes, recueil posthume de Marc Patin.
Il faudra attendre 1990, et la rencontre de Jeannine Raynaud et de Jean Hoyaux (les fidèles amis de Marc Patin) avec Guy Chambelland, pour que le nom du poète ressurgisse enfin. Guy Chambelland a relaté cet évènement :
" ... Je pensai d’abord à Voronca pour la ferveur et les images aériennes, mais certainement pas que j’aurais à aborder dans un Pont sous l’eau, à partir d’un être si doux, si naïf, une controverse de plus. Soucieux d’en savoir davantage, sur un poète que je découvrais, je m’adressai à Jean-François Chabrun qui avait le premier publié Marc Patin et que j’avais plusieurs fois rencontré et apprécié, à Uzès ou Saint-Siffret. "
La réponse de Chabrun ne se fait guère attendre :
" C’est une merveilleuse idée d’avoir pensé à Marc Patin qui fut sans doute à l’époque, le meilleur poète d’entre nous, avec Christian Dotremont… Noël Arnaud devrait posséder la plupart des documents que vous cherchez. "
A vrai dire, la position de Jean-François Chabrun sur Marc Patin, a évolué, et depuis un certain temps déjà. A ses yeux, Marc Patin n’est plus le " traître " conspué de 1943, mais une malheureuse victime de la guerre qui endeuille l’histoire de La Main à Plume.
Guy Chambelland entreprend de contacter Noël Arnaud. Voyons la réponse de ce dernier :
" Le cas Patin me pose un problème de conscience, c’est comme la glu : on a du mal à s’en dépêtrer. Marc Patin a été l’un des fondateurs de La Main à Plume. Il en a été exclu en 1943 pour avoir rejoint l’Allemagne sous le coup du STO. Pour nous l’acte de résistance minimum était de se soustraire au STO. Soyons juste : à l’heure où Patin recevait sa convocation, le groupe, par suite de plusieurs arrestations intervenues le 14 juillet 1943, était dispersé. Patin – l’aurait-il voulu – pouvait difficilement prendre contact avec des camarades capables de le soustraire à la machine nazie… Mais entendons-nous bien : comme Chabrun, je connaissais bien Patin depuis 1937-38 (à l’époque des Réverbères), nous l’aimions beaucoup. Il est possible, et même probable que, tout en le fustigeant de forte manière, nous eussions fini par le tenir quitte de son départ en Allemagne s’il nous avait écrit pour rappeler dans quelles circonstances (absence forcée de ses amis les plus proches) il s’était vu contraint de partir, et nous laissant entendre combien il le déplorait. Loin de recevoir une pareille lettre, c’est tout au contraire un dithyrambe des réalisations hitlériennes, une approbation enthousiaste de l’armée Vlassov, un reniement complet des convictions que nous nous imaginions être les siennes que nous apporta son courrier de Berlin. Notre vieil ami était tout simplement devenu nazi et soutenait les forces qui combattaient les armées alliées. Aucun membre de La Main à Plume, même parmi les plus modérés, ne pouvait tolérer cela... Cela dit, et qu’il fallait dire hélas ! Les qualités poétiques de Marc Patin sont indéniables. C’était le plus éluardisant de nous tous – qui préférions à Eluard plusieurs autres poètes surréalistes, Breton certes, mais aussi et surtout Benjamin Péret. Il n’en demeure pas moins que Patin atteint aisément, et parfois dépasse les plus belles vertus poétiques d’Eluard. "
Avec le recul, nous aurions pu nous attendre à un tout autre témoignage. Il n’en sera rien, malgré le fait qu’Arnaud soit dans la totale incapacité de prouver quoi que ce soit. Guy Chambelland devait conclure son investigation :
" Je récuse donc leur jugement… Je leur reproche de persister contre un homme simplement humain dont ils ont grevé l’épreuve, et à partir duquel l’Histoire, reconsidérée lucidement, pourrait aussi bien renverser le sens de la trahison... ".
En 1991, Guy Chambelland publiait deux plaquettes d’un poète " inconnu ", mort en 1944 à l’âge de vingt-quatre ans, en Allemagne. Je fus impressionné par la maturité de son lyrisme. Etant donné la brièveté de la vie de cet auteur, je fus persuadé que Guy venait de publier la quasi intégralité de l’œuvre. Il n’en était rien. Douze ans plus tard, je devais en faire le constat. L’œuvre de Marc Patin compte plus de huit cents poèmes.(2)
(2) Un essai : Marc Patin, le surréalisme donne toujours raison à l’amour de Christophe Dauphin (Editions Librairie-Galerie-Racine) est à paraître courant 2005 en attendant la publication de l’œuvre complète en quatre volumes.

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