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MARC PATIN
1919 - 1944
LE POETE DE LA FEMME MAGIQUE.
par Christophe Dauphin
Marc Patin et le S.T.O., victime ou collabo ?
Inquiété par l’Abwehr, qui a perquisitionné son domicile fin juin 1943, Marc Patin est convoqué le 5 juillet au Bureau Allemand et tombe sous le coup du S.T.O. (Service du Travail Obligatoire), institué le 16 février 1943. Malgré l’appui et les courriers du directeur de l’Imprimerie nationale, après avoir été contraint d’effectuer un stage éclair au sein d’une école de soudure, Marc Patin se retrouve dans le train de Berlin, le 26 juillet 1943.
Une procédure pour le moins expéditive. Hormis Jean Hoyaux, ses parents et sa sœur, personne n’est au courant de son départ précipité. Ses amis, dont ceux de la Main à Plume, sont loin de Paris. Dès son arrivée à Berlin, Marc Patin est emmené chez Argus Motoren, l’une des plus grosses sociétés allemandes en matière de fabrication de moteurs pour avions et automobiles, où il se retrouve tourneur-soudeur improvisé, aux côtés de 20 000 autres travailleurs étrangers ou allemands. Les conditions de vie sont très dures, avec plus de 70 heures de travail forcé par semaine.
Il est alors loin de se douter de ce qui se trame dans son dos. Pour en avoir un aperçu, voyons la lettre que Chabrun (toujours en province) a adressée à Arnaud :
" … Je ne puis que lui retirer non seulement mon amitié, mais plus encore mon estime (...) Dans certaines conditions, et notamment dans celles où se trouvait Marc, obéir, c’est passer à l’ennemi. Je considère qu’il est parti volontairement et je demande que son attitude soit jugée comme telle aux yeux du groupe. C’est à dire que je demande son exclusion immédiate et définitive. Pratiquement, je demande que ses textes soient retirés du Cahier de Poésie actuellement en cours (...) Il serait inadmissible que soit tolérée, chez nous, la présence d’une brebis galeuse… ".
Le 9 septembre, Arnaud s’adresse à Patin :
" J’attendais ton adresse pour t’informer que par décision en date du 10 août 1943, tu as été exclu du Comité Directeur de la Main à Plume et de toute activité relevant de ce groupe. Jamais le rôle administratif et de secrétariat qui est le mien n’a été aussi pénible que pour t’annoncer cette nouvelle, sans vouloir en aucune façon échapper à la responsabilité d’une telle décision, mais pour préciser un point d’histoire et te laisser à penser. "
Marc Patin est lâché par ses " amis ", dorénavant bien plus staliniens que surréalistes. Et si, plus tard, Chabrun (qui deviendra le secrétaire d’Aragon, dés la fin de la guerre) reverra totalement son jugement sur le sujet ; Arnaud s’y accrochera jusqu’à sa propre mort.
Le 27 septembre 1943, Marc Patin répond à Noël Arnaud :
" ...Tandis qu'à Paris vous revêtez chaque jour (en vous trompant sur le sens de vos actes) la réalité de nouvelles apparences, j'arrache, moi, à Berlin, douloureusement, aux apparences l'aveu du peu de réalité que l'homme leur a laissée. Vous vous abusez, de bonne foi ou non. Moi, je me désabuse, et l'univers sensible et l'autre avec moi. Tandis que du haut des volutes de votre fumée illégale et des vapeurs du vin défendu (ce n'est pas une condamnation que je porte, mais simple souci d'établir entre nous des distances exactes) vous jetez à tirage limité quelques paroles confuses de piété, voire de compassion (hum !) à la foule, je suis descendu, moi, à Berlin, des hauteurs sur lesquelles je croyais me trouver, je me suis mêlé à la foule malheureuse et laborieuse (...) J'ai conscience d'avoir autant qu'aucun d'entre vous qualité pour parler et agir au nom du surréalisme. Mon passé suffit à m'y autoriser. Vous avez cru me faire un affront en me rendant ma liberté. Vous me rendez service. De cette liberté croyez que je saurai user (...) Quant à la peine que vous auriez éprouvée à me communiquer la décision unanime du comité, permettez-moi de la croire bien légère. J'ai assisté naguère à d'autres limogeages, d'autres décisions furent prises, dont j'ai été en partie responsable, et je ne sache pas que nous y fûmes d'un cœur autrement que léger. Qu'il me soit permis de rappeler pour terminer que si la liquidation de Paul Eluard a peiné et peine encore quelqu'un (toute nécessaire qu'elle ait peut-être été), ce n'est bien que moi, et vous le savez. Donc, adieu. J'ai terminé. Marc Patin. ".
Marc Patin donne une leçon de vie à Arnaud, celle d’un individu mêlé à ce peuple européen qui souffre tout comme lui sous la botte nazie. Mais Arnaud va encore plus loin et accuse Marc Patin " d’approuver et de justifier l’ordre nouveau en Allemagne ". Arnaud s’appuie sur la lettre que Marc lui adresse le 19 septembre 1943, et particulièrement, sur ce passage : " ...Sache, en attendant mieux, qu’il est parfaitement exact qu’un nombre considérable de ces pauvres diables, qui ressemblent comme des frères (et pour cause) à ceux que nous ont montrés naguère les journaux de Paris et les actualités cinématographiques, se précipite dans les rangs de l’armée de la libération levée par le général Vlassov... ".
Cherchez le nazi, vous ne le trouverez pas, car il n’existe pas. Marc Patin dénonce les atrocités du stalinisme (qui aujourd’hui pourrait les nier ?), le culte de la personnalité du " petit pères des peuples ". Il parle de ces jeunes Russes (bien décidés à en finir avec le régime de Staline) qu’il a rencontrés à l’usine et qui souhaitent s’engager dans l’armée de Vlassov (héros de l’armée rouge qui, fait prisonnier par les allemands, envisagea de lever une armée – qui ne sera jamais opérationnelle – pour combattre le régime de Staline et opérer une jonction avec les alliés). Cet engagement, Marc Patin ne l’approuve même pas. Il évoque des faits. Mais évoquer cela, était déjà suffisant pour qu’il soit exposé aux foudres de Noël Arnaud.

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