LES HOMMES SANS EPAULES 

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MARC PATIN

1919 - 1944

LE POETE DE LA FEMME MAGIQUE.

par Christophe Dauphin



Marc Patin inconnu ?

Marc Patin, un inconnu ? Pas tant que cela. A vrai dire, ce poète (né en 1919 à Nogent-sur-Marne), après de brillantes études au lycée Henri IV, à Paris, s’était illustré, dès 1938, au sein des Réverbères, un groupe néo-dadaïste qui publia une revue éponyme (5 numéros en 1938 et 1939), des cahiers et recueils de Tzara ou de Cocteau et organisa de nombreuses manifestations autour du jazz, de la peinture, du théâtre (Apollinaire, Ribemont-Dessaignes) et de la poésie.

« Les Réverbères se fichent de la nouveauté pour la nouveauté comme de l’an 40. La poésie n’est pas dans la nouveauté. C’est elle qui est toujours nouvelle ». Marc Patin s’affirme comme l’un des poètes les plus talentueux de sa génération, avant qu’une querelle entre éléments politisés et non politisés, comme entre dadaïstes et surréalistes, ne fasse imploser les Réverbères, en pleine débâcle.

La guerre est déclarée le 3 septembre 1939. En plein marasme, Marc Patin tombe amoureux de celle qu’il appellera désormais Vanina ou l’Etrangère et qui deviendra la Femme magique, l’un des mythes de sa création. Mobilisé dans l’infanterie, à Montluçon, en mai 1940, durant la " Drôle de guerre ", Marc vit le désastre militaire de la France et l’exode. Démobilisé en juin, il est incorporé aux Chantiers de Jeunesse. Seul l’amour de Vanina lui permet de faire face aux horreurs de l’époque : " Je la mêle en plein midi aveuglante et bruyante – Au silence à la nuit – Et je multiplie à l’infini mes yeux par les siens ", jouxte le mal être : "J’ai composé ma force dans la solitude".

Dès son retour à Paris, Marc Patin qui ne peut reprendre ses études, devient rédacteur dans une société d’aéronautique avant de rejoindre l’Imprimerie nationale. Il retrouve Jean-François Chabrun, Gérard de Sède et Noël Arnaud, avec qui, il fonde La Main à Plume (titre emprunté, en hommage, à Rimbaud). Noël Arnaud en deviendra le directeur de publication, Jean-François Chabrun le théoricien, Marc Patin, la véritable incarnation poétique.

La France est écrasée par la botte nazie et celle de son allié de Vichy, en l’absence d’André Breton, La Main à Plume va reprendre le flambeau du surréalisme durant toute la période de l’Occupation, rassemblant les forces vives du mouvement disséminées en France et en Belgique, révélant de nouveaux talents.

Paul Eluard, Georges Hugnet, Maurice Blanchard et Marc Patin, seront incontestablement les quatre grands poètes du groupe. Quatre poètes, dont trois (Blanchard, mis à part) seront exclus par Arnaud et Chabrun.

Fortement influencé par Verlaine durant son adolescence, Marc Patin (qui écrit furieusement, tous les jours, depuis 1934) sera marqué par de nombreux de poètes, au premier rang desquels nous trouvons Paul Eluard qu’il admire et dont il se sent proche sur le plan de la création. Les deux hommes vont se lier d’amitié par le biais de La Main à Plume. Eluard rejoint le groupe en 1942.

" Les mots montrent l’homme ", a écrit Patin. Eluard aurait pu contresigner. " Le poète nous rendra les délices du langage le plus pur, celui de l’homme de la rue et du sage, de la femme, de l’enfant et du fou. ", écrit Paul Eluard. " La vie me reste et mes yeux sont nombreux. " lui répond Marc Patin.

Les évènements pour le moins tumultueux du 2 mai 1943, ainsi que le tract qui suivra, rédigé par Arnaud, à l’encontre d’Eluard, mettront fin brutalement aux relations du poète de La Rose publique, avec La Main à Plume. Faut-il préciser que c’est aux éditions de La Main à Plume que paraîtra le fameux Poésie et vérité 42, de Paul Eluard ; une plaquette de 28 pages, tirée à 5 000 exemplaires, et comportant dix-sept poèmes d’amour et de révolte, dont le célèbre poème " Liberté ". Lors de la parution, en août 1943, de Le Surréalisme Encore et Toujours, sixième publication collective du groupe, Marc Patin ne se trouve plus en France. Exclu du groupe, il n’est plus membre du comité directeur de La Main à Plume.

Efficace, exigeante et créative, La Main à Plume va sombrer dans l’intolérance et le dogmatisme (1). Cette dérive sera jugée inacceptable et dénoncée par une partie de ses membres.

(1)Arnaud écrit en 1943 à Simonpoli : « Je n’ai jamais pensé qu’on pouvait lutter pour la liberté sans être libre soi-même, au moins par l’esprit… Vous confondez L’Objet et les Cahiers du communisme, le groupe surréaliste et le parti communiste… ».

Trois ans plus tard, en 1947, nous pourrons lire sous la plume de la même personne : « … Nous n’avons pas besoin de demander la permission de croire que l’avenir des hommes est en URSS… Nous n’avons à tracer aucune limite à notre dévouement au parti communiste… ».

De plus en plus déchirée par des débats théoriques et politiques contradictoires, La Main à Plume explose, après la sortie d’une ultime publication, L’avenir du Surréalisme, qui paraît le 5 janvier 1945.

Les propos d’André Stil sont assez significatifs sur l’état d’esprit qui règne : « Nous ne sommes plus des surréalistes qui adhérons au Parti, mais des membres du Parti, qui ont compris l’importance du surréalisme… le seul groupe que je considère comme mien, de prime abord, c’est mon parti, et que toutes les liaisons que je pourrai dorénavant contracter me seront dictées, ou au moins permises, par ma position dans le Parti. »


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