AUTEUR A LA LGR
Bernard Fournier
MARCHES
Marches, ce sont, à l’instar de ces contrées qui bordaient l’empire carolingien, les territoires réels et indéfinis qu’explore et reconstruit le poète. Peut-être pour protéger le royaume d’une sensibilité vive, toujours affleurante sous sa pudeur. Sans doute à la recherche des confins incertains et variables de son être. Quête qui à son cœur défendant nous révèle l’être immobile et palpitant.
Marches, ce sont ces éléments d’architecture qui, sans nous déplacer beaucoup, exigent cette énergie, ce don de soi qui nous élève ainsi que le poète le suggère : « Qui s’offre gagne/ En verticalité ».
Marches, ce sont ces déplacements qui ne sont possibles à l’être humain que pour autant qu’il ne cesse d’harmoniser, avant et arrière, haut et bas, renversement du discontinu en continu. Ici, par la grâce du verbe, moments qui nous poussent en avant.
Ainsi va le poète, passeur entre hier et maintenant, ciel et terre. Il marche, chante et nous persuade. C’est dire qu’il nous entraîne à goûter aux saveurs de nos limites.
Exemplaires de tête ornés par Jean-Marc RIQUIER.
Extraits de MARCHES
I
Il est né là Son bras désignait l’ancienne étable C’était un vingt-quatre décembre Béni entre toutes les femmes Né de l’Olt Qui bruit de ses galets, Il se plaît aux travaux des champs ; Il aime ses bœufs Et ses bois de châtaigniers. Il ne dit rien. C’est un taiseux : Il ne dira rien Qu’on puisse apprendre.
II
Une vieille pomme ridée Dans la cuisine fraîche Lit son journal, Marmonne son chapelet d’une voix aigre ; Me tance de sa canne Quand je ris au soleil.
III
Légères clés des maisons Où je ne suis pas né, Dans l’Olt léger De l’été. Légères clés de l’enfance Qui s’illumine au soleil Entre les ombres entre les fleurs. Trop légères clés dont j’ai perdu La langue.
Cette notice est publiée à la demande de l'auteur et selon ses indications (mai 2005).
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