AUTEUR A LA LGR
Jacqueline Fischer
LA DEMEURE MENTALE
Roman
Exemplaires de tête ornés par Jean-Marc RIQUIER.
Extraits de LA DEMEURE MENTALE
CHAPITRE I - REPULSIONS
J'ai longtemps habité des déserts, de vagues marécages où je croissais, originelle, préhistorique, en quelque sorte.
Quand j'eus douze ans, il me fallut quitter ces solitudes absolues où j'aimais à me persuader que j'étais née du hasard et de la matière ou bien encore de la copulation titanesque de la terre et du vent.
Tout en moi n'avait jamais été que passions folles, élans démesurés vers l'infini. C'était comme une vague se brisant sans cesse contre les parois de mon crâne, et qui, dans sa violence, de moi autant incontrolée qu'incomprise, me portait toujours là bas, ailleurs, plus loin que moi-même.
A ce titre, l'univers entier semblait m'appartenir. Non pas celui domestique de la barrière limpide du ciel et de l'horizon. Non. Mais plutôt ce domaine à jamais perdu où le seul mot de limite est dépourvu de sens, comme, du reste, presque tous les termes de votre langage. Car nommer c'est assigner à chaque chose, et pis, à chaque être, une place, un contour ; c'est les astreindre à une fixité que ni le néant ni la mort ne sauraient leur octroyer.
Et là où je vivais, il n'était alors de place pour rien, ni pour moi-même.(...)
CHAPITRE XV - ARCHEOLOGIE
Ceux qui dorment à la belle étoile, en été , se réveillent toujours très tôt dans la nature déjà affairée et épargnée encore par les activités humaines. Qui n'a pas contemplé, à travers l'échancrure d'une feuille, la première lueur de l'aube, a manqué, me semble-t-il une part essentielle de son existence. C'est à un moment précis que la créature vivante ressent le plus intensément l'impression que ce matin-là est, justement, le premier et le dernier du monde. La naissance et la mort entrent en nous, tout ensemble, aux rayons de l' astre paraissant.
Ce matin là suivit mon arrivée. Je n'avais gardé aucun souvenir de la vive commotion qui m'avait secouée lors de ma visite de la maison ; une craintive réticence, tout au plus, m'en tenait éloignée. Le vent frais de la nuit avait balayé la terreur et l'angoisse. Pour la seconde fois depuis ma puberté, je me sentais la tête vide. Sans doute, dans un repli de mon cerveau, coulait encore le flot torrentueux et abondant de mon langage intérieur, toutes ces histoires où je luttais avec d'autres moi-même, jusqu'à épuisement. Mais ce jourlà, l'onde fougueuse qui d'ordinaire battait sans cesse à mes tempes s'était retirée, disciplinée soudain.
Ce néant appelait d'autres rites, mes seules activités. Je décidai donc d'inspecter minutieusement mon domaine, réservant à plus tard de franchir les épaisses frondaisons qui le circonscrivaient. (...)
Cette notice est publiée à la demande de l'auteur et selon ses indications (octobre 2005).
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